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Securing Debian Manual
Chapitre 10 - Avant la compromission


10.1 Maintenez le système sécurisé

Vous devriez faire tous les efforts nécessaires pour maintenir votre système sécurisé en surveillant son utilisation ainsi que les vulnérabilités qui pourraient l'affecter, en ajoutant les correctifs dès qu'ils sont disponibles. Même si vous avez installé un système vraiment sécurisé, vous devez garder à l'esprit que la sécurité d'un système se dégrade avec le temps. Des failles de sécurité peuvent être découvertes pour les services offerts et les utilisateurs peuvent affaiblir la sécurité du système soit à cause d'une incompréhension (par exemple, en accédant au système à distance à l'aide d'un protocole non chiffré, ou en utilisant des mots de passe faciles à deviner), ou parce qu'ils essaient activement de corrompre la sécurité du système (c'est-à-dire installer des services supplémentaires dans leur compte local).


10.1.1 Surveillance des failles de sécurité

Bien que la plupart des administrateurs ne soient conscients des failles de sécurité affectant leur système que lorsqu'un correctif est rendu disponible, vous pouvez être proactif et tenter de prévenir les attaques en introduisant des contre-mesures temporaires contre ces vulnérabilités dès que vous détectez qu'elles peuvent affecter le système. C'est particulièrement vrai sur un système exposé (c'est-à-dire connecté à Internet) et qui fournit un service. Dans ce cas, les administrateurs système devraient surveiller attentivement les sources d'informations connues pour être les premiers informés lorsqu'une faille pouvant affecter un service critique est détectée.

Cela signifie habituellement au moins s'abonner à la liste de diffusion des annonces, au site web du projet ou au système de suivi des bogues fourni par les développeurs pour les applications à surveiller. Par exemple, les utilisateurs d'Apache devraient surveiller régulièrement la liste des failles de sécurité connues et s'inscrire à la liste de diffusion des annonces du serveur Apache.

Pour suivre les failles de sécurité connues affectant Debian, l'équipe de sécurité de Debian de la version testing maintient un gestionnaire de la sécurité qui contient toutes les vulnérabilités connues avant même d'être corrigées dans les paquets Debian. L'information est obtenue depuis plusieurs sources publiques et contient les failles connues disponibles à l'aide des bases de données de vulnérabilité ou du système de suivi des bogues de Debian. Les administrateurs peuvent chercher les problèmes de sécurité connus suivis pour stable, oldstable, testing ou unstable.

Le système de suivi fournit des interfaces avec moteur de recherche (par nom CVE et nom de paquet) et d'autres outils (comme debsecan, consultez Vérification automatique des problèmes de sécurité avec debsecan, Section 10.1.2.4) utilisent ces bases de données pour fournir des informations sur les vulnérabilités qui n'ont pas encore été résolues pour un système donné.

Les administrateurs consciencieux peuvent utiliser ces renseignements pour déterminer les failles de sécurité pouvant affecter le système qu'ils gèrent, déterminer la sévérité du bogue et appliquer (si possible) des contre-mesures temporaires avant qu'un correctif soit disponible pour résoudre le problème.

Les problèmes de sécurité des versions suivies par l'équipe de sécurité de Debian devraient être traitées par une annonce de sécurité Debian (DSA) et seront disponibles pour tous les utilisateurs (consultez Mettre à jour le système en permanence, Section 10.1.2). Une fois que les problèmes de sécurité sont résolus et annoncés, ils ne seront plus affichés par le système de suivi, mais vous pourrez encore chercher les vulnérabilités par leur nom CVE en utilisant la table de références croisées de sécurité disponible pour les DSA publiées.

Remarquez cependant que les renseignements suivis par l'équipe de suivi en sécurité de testing ne concernent que les failles connues (c'est-à-dire déjà rendues publiques). Parfois, l'équipe de sécurité Debian peut gérer et préparer des DSA pour des paquets en fonction de renseignements non publics qu'ils ont obtenus sur des listes de diffusions restreintes, par le découvreur de la faille ou par les développeurs du logiciel. Ainsi, ne vous étonnez pas de découvrir des problèmes de sécurité dans une annonce qui ne sont jamais apparus dans le système de suivi des vulnérabilités.


10.1.2 Mettre à jour le système en permanence

Vous devriez effectuer des mises à jour de sécurité régulièrement. La plupart des stratagèmes sont basés sur des failles connues qui n'ont pas été corrigées à temps, comme l'explique ce papier de Bill Arbaugh (présenté lors du Symposium 2001 IEEE sur la sécurité et la confidentialité). Les mises à jour sont décrites dans Faire une mise à jour de sécurité, Section 4.2.


10.1.2.1 Vérification par soi-même la disponibilité de mises à jour de sécurité

Debian dispose d'un outil spécifique pour déterminer si un système a besoin d'être mis à jour, mais beaucoup d'utilisateurs veulent simplement vérifier si des mises à jour de sécurité sont disponibles pour leur système.

Si vous avez configuré le système comme décrit en Faire une mise à jour de sécurité, Section 4.2, il suffit de faire :

     # apt-get update
     # apt-get upgrade -s
     [ … passer en revue les paquets à mettre à jour… ]
     # apt-get upgrade 
     # checkrestart
     [ … redémarrer les services qui doivent être redémarrés… ]

Redémarrez ensuite les services dont les bibliothèques ont été mises à jour si c'est le cas. Remarque : consultez Faire une mise à jour de sécurité, Section 4.2 pour de plus amples renseignements sur les mises à jour de bibliothèques (et de noyau).

La première ligne téléchargera la liste des paquets disponibles depuis les sources de paquets configurées. L'option -s effectuera une simulation d'exécution, c'est-à-dire qu'elle ne va pas télécharger ou installer de paquets, mais qu'elle va plutôt signaler les paquets à télécharger ou installer. À partir de ce résultat, vous pouvez en déduire les paquets corrigés dans Debian et disponibles en mise à jour de sécurité. Par exemple :

     # apt-get upgrade -s
     Lecture des listes de paquets... Fait
     Construction de l'arbre des dépendances... Fait
     Calcul de la mise à jour... Fait
     Les paquets suivants seront mis à jour :
       cvs libcupsys2
     2 mis à jour, 0 nouvellement installés, 0 à enlever et 0 non mis à jour.
     Inst cvs (1.11.1p1debian-8.1 Debian-Security:3.0/stable)
     Inst libcupsys2 (1.1.14-4.4 Debian-Security:3.0/stable)
     Conf cvs (1.11.1p1debian-8.1 Debian-Security:3.0/stable)
     Conf libcupsys2 (1.1.14-4.4 Debian-Security:3.0/stable)

Dans cet exemple, vous pouvez constater que le système a besoin d'être mis à jour avec les nouveaux paquets cvs et cupsys qui sont récupérés depuis l'archive de mises à jour de sécurité de Woody. Si vous voulez comprendre pourquoi ces paquets sont nécessaires, vous devriez aller en http://security.debian.org et vérifier les alertes de sécurité Debian (DSA) récemment publiées concernant ces paquets. Dans ce cas, les DSA concernées sont DSA-233 (pour cvs) et DSA-232 (pour cupsys).

Remarquez que le système doit être redémarré après une mise à jour du noyau.


10.1.2.2 Vérification de mises à jour sur station de travail

Depuis Debian 4.0 Lenny, Debian fournit et installe par défaut update-notifier. C'est une application GNOME qui est lancée lors de l'ouverture de la session et qui peut être utilisée pour faire le suivi des mises à jour disponibles pour le système et les installer. C'est fait en utilisant le paquet update-manager.

Pour un système stable, les mises à jour sont seulement disponibles quand un correctif de sécurité est disponible ou pour les versions intermédiaires. Par conséquent, si le système est configuré correctement pour recevoir les mises à jour de sécurité comme décrit en Faire une mise à jour de sécurité, Section 4.2 et qu'une tâche cron met à jour les informations sur les paquets, vous serez averti par une icône dans l'espace de notification du bureau.

La notification n'est pas intrusive et les utilisateurs ne sont pas forcés d'installer les mises à jour. Depuis l'icône de notification, un utilisateur du bureau (avec le mot de passe administrateur) peut accéder à une interface simple et voir les mises à jour disponibles puis de les installer.

Cette application fonctionne en consultant la base de données des paquets et en la comparant avec le système. Si cette base de données est mise à jour régulièrement par une tâche cron, alors son contenu sera plus récent que les paquets installés sur le système et l'application pourra vous avertir.

Apt installe une telle tâche cron (/etc/cron.d/apt) qui s'exécutera selon la configuration d'APT (plus spécifiquement APT::Periodic). Dans l'environnement GNOME, la valeur de la configuration peut être ajustée dans le menu Système > Administration > Sources de mise à jour > Mises à jour, ou en exécutant /usr/bin/software-properties.

Si le système télécharge quotidiennement la liste des paquets, mais ne télécharge pas les paquets eux-mêmes, le fichier /etc/apt/apt.conf.d/10periodic devrait ressembler à ceci :

     APT::Periodic::Update-Package-Lists "1";
     APT::Periodic::Download-Upgradeable-Packages "0";

Vous pouvez utiliser une tâche cron différente, comme celle installée par cron-apt (consultez Vérification automatique des mises à jour avec cron-apt, Section 10.1.2.3). Vous pouvez aussi simplement vérifier vous-même les mises à jour en utilisant cette application.

Les utilisateurs de l'environnement KDE préféreront probablement installer adept et adept-notifier. Ils fournissent des fonctionnalités similaires, mais ne sont pas installés par défaut.


10.1.2.3 Vérification automatique des mises à jour avec cron-apt

Une autre méthode pour des mises à jour de sécurité automatiques est l'utilisation de cron-apt. Ce paquet fournit un outil pour mettre à jour le système à intervalles réguliers (en utilisant une tâche cron). Par défaut, il va simplement mettre à jour la liste des paquets et télécharger les nouveaux paquets. Il peut également être configuré pour envoyer un courrier à l'administrateur système.

Remarquez que vous pourriez vérifier la version de distribution comme décrit en Vérification par version de distribution, Section 7.5.3 pour mettre à jour automatiquement le système (même si vous ne téléchargez que les paquets). Sinon, vous ne pouvez pas être certain que les paquets téléchargés proviennent réellement d'une source de confiance.

Pour de plus amples renseignements, consultez le site d'administration de Debian.


10.1.2.4 Vérification automatique des problèmes de sécurité avec debsecan

Le programme debsecan évalue l'état de la sécurité par rapport aux mises à jour de sécurité non effectuées et aux vulnérabilités sans correctif alors que cron-apt ne fournit qu'un rapport sur les mises à jour non effectuées. debsecan obtient les renseignements sur les failles qui ne sont pas corrigées à l'aide de la base de données des vulnérabilités qui est gérée par l'équipe de sécurité de Debian. Par conséquent, comme décrit en Surveillance des failles de sécurité, Section 10.1.1, il aide plus efficacement les administrateurs à suivre les failles de sécurité.

En installant le paquet debsecan, et si l'administrateur l'accepte, une tâche cron exécutera périodiquement debsecan et notifiera l'utilisateur choisi lorsqu'un paquet vulnérable est détecté. L'emplacement de la base de données des vulnérabilités est aussi paramétrable lors de l'installation et peut ensuite être modifié dans le fichier /etc/default/debsecan. C'est pratique pour les systèmes sans accès direct à Internet qui doivent télécharger les nouvelles informations depuis un miroir local pour avoir un seul chemin de mise à jour de la base de données des vulnérabilités.

Remarquez toutefois que l'équipe de sécurité suit beaucoup de failles, y compris des problèmes peu dangereux qui pourraient ne pas être corrigés lors des mises à jour de sécurité. De plus, certaines failles initialement considérées comme affectant Debian peuvent, plus tard et après enquête, être abandonnées. debsecan indiquera toutes les failles, ce qui peut en faire un outil plus verbeux que les autres outils décrits précédemment.

Pour plus d'informations, veuillez consulter le site de l'auteur.


10.1.2.5 Autres méthodes de mises à jour de sécurité

Le paquet apticron, comme apt-cron, vérifiera les mises à jour et enverra des messages à l'administrateur. Pour plus d'informations, veuillez consulter le site d'administration de Debian.

Vous pourriez également jeter un œil à secpack, un programme non officiel pour effectuer des mises à jour de sécurité depuis security.debian.org écrit par Fruhwirth Clemens, qui vérifie les signatures ou encore le module d'extension Nagios check_debian_updates.sh écrit par Dean Wilson.


10.1.3 Évitez la branche unstable

À moins de vouloir passer du temps à corriger les paquets vous-même quand une faille survient, vous ne devriez pas utiliser la branche unstable de Debian pour des systèmes en production. La raison principale est l'absence de mises à jour de sécurité pour unstable (consultez Comment est assurée la sécurité pour les versions testing et unstable ?, Section 12.3.8).

Certains problèmes de sécurité peuvent en fait apparaître dans unstable et pas dans la distribution stable. Cela est dû aux nouvelles fonctionnalités ajoutées constamment aux applications fournies, ainsi qu'aux nouvelles applications qui peuvent ne pas encore avoir été testées en profondeur.

Pour effectuer des mises à jour de sécurité dans la branche unstable, vous risquez de devoir faire des mises à jour complètes vers de nouvelles versions (ce qui peut mettre à jour beaucoup plus que les paquets touchés). Bien qu'il y ait des exceptions, les correctifs de sécurité sont habituellement rétroportés dans la branche stable. L'idée principale étant qu'entre les mises à jour, aucun nouveau code ne doit être ajouté, seulement des correctifs aux problèmes importants.

Remarquez que vous pouvez utiliser le système de suivi de sécurité (décrit en Surveillance des failles de sécurité, Section 10.1.1) pour suivre les failles de sécurité affectant cette branche.


10.1.4 Suivi en sécurité de la branche testing

Si vous utilisez la branche testing, plusieurs problèmes sont à prendre en compte concernant la disponibilité des mises à jour de sécurité.

Ce comportement peut changer selon l'état de publication de la distribution. Quand une nouvelle version est imminente, l'équipe de sécurité ou les responsables de paquet peuvent fournir des mises à jour directement dans testing.

De plus, l'équipe en charge de la sécurité de Debian testing peut publier des annonces de sécurité de testing (« Debian Testing Security Advisories » ou DTSA) pour les paquets de la branche testing si un problème de sécurité doit être immédiatement corrigé dans cette branche sans attendre la procédure normale (ou que la procédure normale est bloquée par d'autres paquets).

Les utilisateurs voulant tirer partie de ce suivi devraient ajouter les lignes suivante à /etc/apt/sources.list (au lieu des lignes indiqué en Faire une mise à jour de sécurité, Section 4.2) :

         deb http://security.debian.org testing/updates main contrib non-free
     # Cette ligne permet de télécharger aussi les paquets source
         deb-src  http://security.debian.org testing/updates main contrib non-free

Pour de plus amples renseignements sur ce suivi, veuillez lire l'annonce. Ce suivi a officiellement commencé en septembre 2005 dans un dépôt séparé avant d'être intégré à l'archive de sécurité principale.


10.1.5 Mises à jour automatiques dans un système Debian GNU/Linux

Tout d'abord, les mises à jour automatiques ne sont pas vraiment recommandées car les administrateurs devraient vérifier les DSA et comprendre l'impact de toute mise à jour de sécurité donnée.

Si vous voulez mettre à jour le système automatiquement, vous devriez suivre les conseils suivants.

Une alternative plus sûre peut être d'utiliser l'option -d (ou --download-only) pour télécharger les paquets nécessaires sans les installer. Puis, si l'exécution de cron indique que le système doit être mis à jour, cela peut être fait par l'administrateur.

Pour accomplir ces tâches, le système doit être configuré correctement pour télécharger les mises à jour de sécurité comme décrit en Faire une mise à jour de sécurité, Section 4.2.

Cependant, cela n'est pas recommandé pour unstable sans analyse attentive, car vous pourriez placer le système dans un état inutilisable si un bogue sérieux s'introduit dans un paquet important et est installé sur le système. testing est un peu plus sûre de ce côté car les bogues sérieux ont une meilleure chance d'être détectés avant que le paquet n'entre dans la branche testing (cependant, vous pourriez n'avoir aucune mise à jour de sécurité disponible).

Si vous utilisez une distribution mixte, c'est-à-dire, une installation de stable avec des paquets mis à jour de testing ou d'unstable, vous pouvez jouer avec les préférences d'étiquetage et avec l'option --target-release d'apt-get pour ne mettre à jour que les paquets que de la nouvelle distribution.[72]


10.2 Tests d'intégrité périodiques

En vous basant sur les informations de base générées après l'installation (c'est-à-dire l'instantané décrit dans Prendre un instantané (« snapshot ») du système, Section 4.19), vous pourriez effectuez un test d'intégrité de temps en temps. Un test d'intégrité pourra détecter des modifications du système de fichiers réalisées par un intrus ou dues à une erreur de l'administrateur système.

Les tests d'intégrité devraient, si possible, être réalisés non connectés.[73] C'est-à-dire, sans utiliser le système d'exploitation du système à contrôler, pour éviter un sentiment de sécurité erroné (c'est-à-dire des faux négatifs) produit, par exemple, par des rootkits installés. La base de données d'intégrité par rapport à laquelle le système est vérifiée devrait également être utilisée depuis un support en lecture seule.

Vous pouvez envisager de faire des vérifications d'intégrité en ligne en utilisant l'un des outils d'intégrité de système de fichiers disponibles (décrits dans Vérifier l'intégrité des systèmes de fichiers, Section 4.17.3) s'il n'est pas possible de déconnecter le système. Cependant, des précautions devraient être prises pour utiliser une base de données d'intégrité en lecture seule et également pour assurer que les outils de vérification d'intégrité (et le noyau du système d'exploitation) n'ont pas été falsifiés.

Certains des outils mentionnés dans la section des outils d'intégrité, comme aide, integrit ou samhain, sont déjà préparés pour faire des vérifications périodiques (en utilisant la crontab dans les deux premiers cas et en utilisant un démon indépendant pour samhain) et ils peuvent avertir l'administrateur par différents moyens (habituellement par courriel, mais samhain peut également envoyer des pages, des alertes SNMP ou des alertes syslog) quand le système de fichiers est modifié.

Bien sûr, si vous exécutez une mise à jour de sécurité du système, l'instantané pris pour le système devrait être régénéré pour prendre en compte les modifications réalisées par la mise à jour de sécurité.


10.3 Mise en place de détection d'intrusion

Debian contient certains outils pour la détection d'intrusion qui permettent de défendre le système local ou d'autres systèmes du même réseau. Ce type de défense est important si le système est très critique ou si vous êtes vraiment paranoïaque. Les approches de détection d'intrusion les plus communes sont la détection statistique d'anomalies et la détection de correspondance de modèle.

Soyez toujours aux aguets de manière à réellement améliorer la sécurité du système avec n'importe lequel de ces outils, vous devez avoir un mécanisme d'alerte et réaction. Un système de détection d'intrusion est inutile si personne n'est prévenu.

Quand une attaque particulière est détectée, la plupart des outils de détection d'intrusion vont soit journaliser l'événement avec syslogd, soit envoyer des courriers au superutilisateur (le destinataire du courrier est habituellement configurable). Un administrateur doit configurer convenablement les outils pour éviter les fausses alertes. Les alertes peuvent également indiquer une attaque en cours et ne seraient pas très utiles un jour plus tard, puisque l'attaque pourrait déjà avoir été couronnée de succès. Assurez-vous donc qu'une règle de sécurité correcte a été mise en place vis-à-vis des alertes et que les mécanismes techniques pour l'implémenter sont en place.

Une source d'informations intéressante est la liste de vérification de détections d'intrusion du CERT.


10.3.1 Détection d'intrusion provenant du réseau

Les outils de détection d'intrusions provenant du réseau scrutent le trafic sur un segment de réseau et utilisent cette information comme source de données. Spécifiquement, les paquets du réseau sont examinés et ils sont vérifiés pour voir s'ils correspondent à une certaine signature.

snort est un renifleur flexible de paquets ou un journaliseur qui détecte les attaques selon un dictionnaire de signatures d'attaque. Il détecte diverses attaques et sondes, comme des débordements de capacité, des scans dissimulés de ports, des attaques CGI, des sondes SMB, etc. snort dispose également d'une capacité d'alerte en temps réel. Vous pouvez utiliser snort pour un certain nombre d'hôtes du réseau ainsi que pour l'hôte local. Cet outil peut être installé sur n'importe quel routeur pour garder un œil sur le réseau. Installez-le simplement avec apt-get install snort, suivez les questions et surveillez ses journaux. Pour une infrastructure de sécurité un peu plus large, regardez Prelude.

Le paquet snort de Debian est installé avec de nombreuses vérifications de sécurité activées par défaut. Toutefois, vous devriez prendre le temps de personnaliser l'installation pour prendre en compte les services utilisés sur le système. Vous pourriez rechercher des vérifications supplémentaires spécifiques à ces services.

D'autres outils plus simples peuvent être utilisés pour détecter les attaques réseaux. portsentry est un paquet intéressant pour informer lorsqu'un scan du réseau est effectué sur site. D'autres outils comme ippl ou iplogger permettent de détecter certaines attaques IP (TCP et ICMP), même s'ils ne fournissent pas de techniques avancées pour détecter les attaques réseaux (comme le ferait snort).

Vous pouvez essayer chacun de ces outils avec le paquet Debian idswakeup, un générateur de fausses alertes et qui inclut un grand nombre de signature d'attaques communes.


10.3.2 Détection d'intrusion fondée sur l'hôte

La détection d'intrusion fondée sur l'hôte implique d'activer, sur le système à étudier, un logiciel qui utilise les journaux ou les programmes d'audit du système comme source de données. Il scrute les processus suspects, scrute les accès d'hôtes et peut même scruter les changements aux fichiers critiques du système.

tiger est un ancien outil de détection d'intrusion qui a été porté sous Debian depuis la distribution Woody. tiger fournit un ensemble de vérifications de problèmes communs liés aux failles de sécurité, il vérifie la robustesse des mots de passe, les problèmes de système de fichiers, les processus de communications et d'autres façons de compromettre le compte du superutilisateur. Ce paquet contient de nouvelles vérifications de sécurité spécifiques à Debian, y compris les vérifications de sommes de contrôle MD5 des fichiers installés, les emplacements de fichiers n'appartenant pas aux paquets et l'analyse des processus locaux à l'écoute. L'installation par défaut configure tiger pour être exécuté quotidiennement, en générant un compte-rendu envoyé au superutilisateur à propos des compromissions possibles du système.

Des outils d'analyse de journaux comme logcheck peuvent également être utilisés pour détecter des tentatives d'intrusions. Consultez Utiliser et personnaliser logcheck, Section 4.13.1.

De plus, des paquets scrutant l'intégrité du système de fichiers (consultez Vérifier l'intégrité des systèmes de fichiers, Section 4.17.3) peuvent être utiles dans la détection d'anomalies dans un environnement sécurisé. Une intrusion effective modifiera probablement certains fichiers du système de fichiers local pour court-circuiter les règles de sécurité locales, installer un cheval de Troie ou créer des utilisateurs. De tels événements peuvent être détectés avec les vérificateurs d'intégrité du système de fichiers.


10.4 Éviter les rootkits


10.4.1 Loadable Kernel Modules (LKM)

Les LKM (Loadable Kernel Modules ou modules de noyau chargeables) sont des fichiers contenant des composants de noyau chargeables dynamiquement utilisés pour étendre les fonctionnalités de noyau. Le principal avantage d'utiliser des modules est la possibilité d'ajouter des périphériques additionnels comme une carte réseau ou une carte son sans avoir à recompiler le noyau entièrement. Cependant certains pirates peuvent utiliser les LKM pour les rootkits (knark et adore) afin d'installer des portes dérobées sur des systèmes GNU/Linux.

Les portes dérobées des LKM peuvent être plus sophistiquées et moins détectables que des rootkits traditionnels. Ils peuvent cacher des processus, des fichiers, des répertoires et même des connexions sans modifier les codes source des binaires. Par exemple, un LKM peut forcer le noyau à cacher des processus spécifiques dans procps pour que même une bonne copie du binaire ps ne puisse donner des informations exactes à propos des processus actuels du système.


10.4.2 Détection des rootkits

Il existe deux approches pour défendre le système contre les rootkits LKM, une défense proactive et une défense réactive. La détection peut être simple et sans douleur ou difficile et fatigante selon la mesure que vous choisissez.


10.4.2.1 Défense proactive

L'avantage de ce type de défense est qu'elle prévient des dommages que pourrait entraîner un rootkit au système. Une telle stratégie est de les attraper en premier, c'est-à-dire de charger un LKM bien défini pour protéger le système d'autres LKM infectés. Une deuxième stratégie consiste à retirer la fonctionnalité de chargement des modules du noyau lui-même. Notez, cependant, qu'il existe des rootkits qui peuvent fonctionner même dans ce cas, certains altèrent même directement /dev/kmem (la mémoire du noyau) pour se rendre indétectables.

Debian GNU/Linux fournit quelques paquets à utiliser pour mettre en place une défense proactive :

Si vous n'avez pas besoin de toutes ces fonctionnalités de noyau sur un système GNU/Linux, vous pourriez désactiver la prise en charge des modules chargeables lors de la configuration du noyau. Pour désactiver la prise en charge des modules chargeables, positionnez simplement CONFIG_MODULES=n lors de l'étape de configuration de construction du noyau ou dans le fichier .config. Cela prévient des rootkits LKM mais vous ne pourrez plus utiliser les modules avec le noyau GNU/Linux. La désactivation des modules peut surcharger le noyau, rendant la gestion du chargement nécessaire.


10.4.2.2 Défense réactive

L'avantage d'une défense réactive est qu'elle représente une faible surcharge au niveau des ressources systèmes. Elle fonctionne en comparant la table des appels systèmes avec une copie sûre d'un fichier du disque, System.map. Bien sûr, une défense réactive n'avertira l'administrateur qu'après la compromission du système.

La détection des rootkits dans Debian peut être accomplie avec le paquet chkrootkit. Le programme Chkrootkit cherche des signes de présence de plusieurs rootkits connus sur le système local, mais ce n'est pas un test définitif.


10.5 Idées géniales ou paranoïaques — ce que vous pourriez faire

C'est probablement la section la plus instable et la plus amusante, car j'espère que quelques unes des idées « bah, ça semble dingue » pourraient être réalisées. Vous trouverez ci-dessous certaines idées pour améliorer la sécurité — suivant votre point de vue vous les qualifierez de géniales, paranoïaques, folles ou inspirées.


10.5.1 Construction d'un pot de miel

Un pot de miel est un système conçu pour apprendre aux administrateurs système les techniques de sondage et d'exploitation des attaquants. Il s'agit d'une configuration système qui a pour but d'être sondée, attaquée et potentiellement exploitée. En apprenant les outils et méthodes utilisées par l'attaquant, un administrateur système peut apprendre à mieux protéger ses propres systèmes et son réseau.

Un système Debian GNU/Linux peut facilement être configuré comme un pot de miel, si vous y consacrez le temps de l'implémenter et de le surveiller. Vous pouvez facilement mettre en place le serveur de pot de miel factice ainsi que le pare-feu[76] qui contrôle le pot de miel et un certain type de détecteur d'intrusion réseau, placez-le sur Internet et attendez. Prenez soin de vous assurer d'être averti à temps (consultez L'importance des journaux et des alertes, Section 4.13) si le système est victime d'une exploitation pour que vous puissiez prendre des mesures appropriées et mettre un terme à la compromission après en avoir assez vu. Voici quelques paquets et problèmes à considérer lors de la configuration de pot de miel :

Si vous ne pouvez pas utiliser des systèmes de réserve pour construire les pots de miel et les systèmes réseau pour le protéger et le contrôler, vous pouvez utiliser la technologie de virtualisation disponible dans xen ou uml (User-Mode-Linux). Si vous choisissez cette route, vous devrez modifier le noyau soit avec kernel-patch-xen, soit avec kernel-patch-uml, ou encore installer l'un des noyaux précompilés disponibles depuis Debian Lenny.

Vous pouvez en lire plus sur la construction des pots de miel dans l'excellent article Construire un pot de miel de Lance Spizner (dans la série des « connaissez votre ennemi »). De même, le projet Honeynet fournit des informations utiles sur la façon de configurer un pot de miel et de contrôler les résultats d'une attaque.


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Securing Debian Manual

Version: 3.16, construite le Sun, 08 Apr 2012 02:48:09 +0000

Javier Fernández-Sanguino Peña jfs@debian.org
Auteurs, Section 1.1