Programme de Wouter Verhelst

Salut,

Je me présente pour le poste de chef du projet Debian à nouveau. Je l'ai déjà fait en 2007 et 2010 ; ce sera ma troisième fois.

Bien que je n'aie jamais gagné une élection, en regardant les résultats des élections, je ne pense pas que ce soit parce que les gens ne m'aimaient pas en tant que candidat ; je pense plutôt que c'était simplement parce qu'il y avait de meilleurs candidats.

Donc voilà, en espérant que pour cette troisième fois, le charme opère.

Qui suis-je et pourquoi je me présente ?

Je suis développeur Debian depuis début 2001. À cette époque, j'étais encore étudiant à la « Karel de Grote-Hogeschool » à Anvers en Belgique, la ville où j'ai grandi. Durant les années qui ont suivi, je me suis impliqué dans beaucoup de parties du projet : porteur pour l'architecture m68k, administrateur de service d'empaquetage, responsable de candidature, membre du secrétariat des nouveaux membres et de l'équipe en charge de l'installateur, en plus bien sûr d'entretenir mes propres paquets. Au fil des ans, j'ai grandi, mais Debian aussi. Je ne suis plus un étudiant ; je suis un consultant indépendant. Et bien que je sois surtout heureux de l'état des choses tel qu'il est aujourd'hui, il y a toujours eu des cas où certaines affaires dans Debian ne se sont pas exactement déroulées comme je l'aurais voulu, ou espéré.

En 2007, je me suis présenté pour être chef du projet après l'un des mandats les plus controversés de l'histoire du projet Debian. Cela n'est donc pas une surprise que cette élection ait aussi été celle avec le plus de candidats dans toute l'histoire du projet.

Beaucoup de choses ont changé depuis. Les chefs du projet, depuis Anthony, ont été beaucoup plus réticents à proposer des changements. Ceci aurait dû être une bonne chose ; mais bien que je pense qu'Anthony a fait quelques erreurs durant son mandat, je ne pense pas qu'autant de réticence soit toujours une bonne réponse pour éviter la controverse. Un chef de projet ne devrait pas juste essayer de continuer « comme ça et pas autrement », mais devrait également ne pas être effrayé de proposer des changements quand et où ils sont nécessaires. De toutes les choses que l'on peut dire au sujet d'Anthony Towns en tant que chef du projet, on ne peut pas dire qu'il n'a pas cherché à diriger. Sa plus grosse erreur, à mon sens, a été d'essayer d'agir en dépit de l'évidente et significative opposition.

En conséquence, en 2010, j'ai concouru pour le poste de chef du projet dans une ambiance complètement différente. Il n'y avait pas la controverse qui était une partie intégrante du vote de 2007 ; il n'y avait pas beaucoup de désaccords au sujet de la direction que prenait le projet. Alors que la période de campagne de 2007 comportait beaucoup de questions du style « Comment allez-vous réagir face à ce genre de situation ? », le type de questions dont je me souviens de 2010 était plus du genre pratique, des choses comme « Combien de temps aurez-vous pour le travail du chef du projet ? ». C'est presque comme si le travail de chef du projet ne nécessitait aucun apport personnel ; comme si c'était une chose ennuyeuse qui qui n'impliquait rien de plus qu'un peu d'administration.

Cela s'est ressenti particulièrement lors du vote de l'an dernier, où, pour la première fois dans l'histoire du projet, nous avons eu une élection incontestée. J'étais mécontent à propos de ça ; mais par manque de temps, je ne me suis pas présenté, et ai à la place essayé (et échoué) de motiver d'autres personnes à se présenter. Bien que cela fasse honneur à la fonction de Stefano en tant que chef du projet, je ne suis pas sûr de la façon dont cela se répercute sur le projet.

Je pense qu'il est clair qu'aujourd'hui Stefano Zacchiroli, notre actuel chef du projet, est aimé et respecté comme tel par beaucoup de développeurs Debian, y compris moi. Stefano a accompli ce qui semblait être impossible pour les chefs du projet avant lui : atteindre un juste milieu en étant transparent en tant que chef de projet, sans révéler à tous les choses qui devraient être secrètes.

Mais je pense qu'il est regrettable que pendant les mandats Stefano, le poste de chef de projet semble avoir été relégué un peu plus à un travail administratif : une personne qui est le premier interlocuteur pour beaucoup de gens hors du projet, et qui va seulement transmettre ces discussions aux autres. Une personne qui va « seulement » autoriser des paiements avec l'argent de Debian.

Je pense que le poste de chef du projet devrait être plus que ça. Même si notre constitution n'accorde pas beaucoup de pouvoirs au chef de projet, ça ne veut pas (ou ne devrait pas) signifier que le chef de projet ne peut pas prendre la direction de quelque chose. En tant que représentant élu, le chef de projet travaille sous l'hypothèse d'un accord du projet tout entier. Quand les chefs de projet précédents envoyaient leurs « brèves du chef de projet » à la liste de diffusion debian-devel-announce, j'ai toujours accordé (inconsciemment) plus d'attention à ces messages qu'aux autres de la même liste de diffusion. Non pas parce que je préfère les chefs de projet, mais parce que j'attends d'un message du chef de projet qu'il contienne des informations plus importantes et plus intéressantes que les autres messages.

Je pense que je ne suis pas le seul pour qui cela est vrai. C'est pourtant le réel pouvoir du chef de projet : le pouvoir d'être écouté. En tant que chef de projet, je pense que ce serait mon travail de présenter une vision, de mener le projet en suggérant où aller ensuite.

Je crois que les innovations de Stefano en matière de clarté et de transparence vis-à-vis du poste de chef du projet ont été vraiment merveilleuses, et je voudrais discuter avec lui pour connaître ses activités au jour le jour en tant que chef du projet, dans le but d'essayer de copier le plus possible sa manière d'opérer. Mais je pense aussi que le simple fait qu'une personne en particulier soit innovatrice comme chef du projet ne doit pas signifier que nous devrions la garder à ce poste pour toujours. Non pas parce que c'est un mauvais chef du projet, mais parce qu'une personne ne peut pas apporter de nouvelles choses à ce poste pour toujours. Je crois qu'il est temps pour Stefano de laisser la place à quelqu'un d'autre. J'espère être ce quelqu'un d'autre.

Où est-ce que je veux en venir ?

Si je dis que je pense que le chef du projet doit promouvoir une vision, alors la première question évidente serait de savoir quelle devrait être cette vision pour le projet, quelle serait la direction que le projet devrait suivre selon moi.

Ma vision pour le futur de Debian n'a pas changé depuis la dernière fois que je me suis présenté au poste de chef du projet. Ce ne sera donc pas une surprise. Le projet n'a pas pas tant changé en deux ans. Je crois encore que nous devons faire en sorte que Debian soit et reste un lieu accueillant pour travailler sur les logiciels libres. Cela a été le cas ces dernières années, et je m'en réjouis. Mais il est important de ne pas considérer cela pour acquis. Je n'ai pas l'intention de balayer les changements du projet — je ne pourrais pas faire cela si je le voulais — mais j'envisage de garder un œil vigilant afin que le projet reste le lieu accueillant qu'il est aujourd'hui.

Concernant ce point, quelque chose me tracasse depuis un certain temps. En parlant avec les visiteurs du FOSDEM (dont je suis coorganisateur, maintenant) et les clients, il m'est apparu clairement, après toutes ces années, que Debian a une réputation d'être quelque peu démodée et dépassée. Que si vous voulez faire tourner les dernières technologies, vous devriez utiliser quelque chose d'autre. Cette réputation peut avoir été méritée lorsque nous avons eu des soucis pour publier Sarge, il y a plus d'une demi décennie, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui, et je pense qu'il est grand temps de faire quelque chose à ce sujet. Je vais essayer de travailler sur ce problème.

Pour terminer, j'aimerais vous remercier de votre patience, et vous pousser à voter pour le candidat que vous pensez être le plus méritant pour le poste.

Réfutation

Avant de commencer, je dois dire que je ne suis pas tellement en désaccord avec les candidats de l'élection de cette année — du moins, pas quand je me limite aux objectifs des autres candidats. Gergely, tout comme moi, veut en priorité motiver les gens à rejoindre (et à rester dans) Debian. Stefano veut continuer à mener le bon combat. Mais cela ne veut pas dire que je ne vois pas quelques problèmes.

Dans le programme de Stefano qui, au-delà de se préparer pour ceux qui viennent après moi, je ne vois rien de nouveau. Il mentionne quelques idées sur lesquelles il a voulu travailler pendant deux ans maintenant mais qui n'ont jamais abouti ; bien que sa persévérance soit admirable, je ne pense pas que, si cela n'a pu être réalisé en deux mandats, la troisième fois soit la bonne. En outre, bien que préparer le chef de projet suivant est un objectif louable, ce n'est pas forcément nécessaire d'être chef de projet pour ça — et j'espère qu'il n'a pas besoin d'un troisième mandat complet pour le faire.

Ainsi, même si je pense que Stefano en chef de projet est loin d'être le pire pour le projet, je crois que l'élire pour un troisième mandat serait assimilé à passer au point mort ; toujours la même chose. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

Dans le programme de Gergely, il n'y a qu'un seul point sur lequel chicaner. D'abord, il dit lui-même qu'il n'a pas beaucoup d'expérience en tant que chef. Bien que son honnêteté soit appréciable, il ne m'inspire guère confiance. Ensuite, Gergely mentionne avoir laissé de côté le projet pendant quelques années. J'avoue honnêtement qu'à certains moments j'ai moi-même sérieusement envisagé de démissionner ; mais je n'ai jamais pensé pouvoir le faire. Non pas à cause d'un sens aigu du devoir de ma part, mais parce qu'il y avait toujours une passion l'intérieur de moi, même durant les moments où le projet a semblé se retourner contre moi, cela montre que j'ai trouvé cela émotionnellement dur de tirer un trait sur le projet. C'est cette passion, ce feu en moi, que j'espère apporter au poste de chef de projet ; et il se peut que la flamme de Gergely ne devienne pas aussi vive.

Comme je l'ai dit précédemment, c'est juste pour chicaner. Pensez que cette année, les candidats sont aussi forts que jamais, et j'espère sincèrement que le meilleur candidat gagne ; j'en profite pour souhaiter bonne chance à mes adversaires.

Merci !